Jeudi 30 décembre 2010 4 30 /12 /Déc /2010 14:41

Donatien Mary Sauvages1

Illustration pour Petits sauvages de David Almond, Actes Sud, Heyoka Jeunesse, 2009

 

Donatien Mary est un jeune illustrateur talentueux, féru de gravure sous toutes ses formes. Diplômé des Arts décoratifs de Strasbourg en 2007, il a participé à la fondation du collectif Troglodyte, avec lequel il a notamment publié en 2009 Pendant ce temps, un dépliant sérigraphié avec Jérôme Meyer Bisch, et un recueil d'eaux-fortes avec Matthias Picard, La Comète.

 

Donatien Mary Comete1  Donatien Mary Comete2

La Comète, avec Matthias Picard, Troglodyte, 2009

 

Troglodyte, c'est aussi le webzine Numo. Donatien Mary a réalisé un film d'animation pour le numéro 2, « Lili Romance », paru en mai 2006 : « La Chute des graves ».

 

Donatien_Mary_Graves.jpg

 

« La chute des graves », Numo n°2, 2006

 

Il a également participé en janvier 2009 au numéro 6, « Numo RN66 ». On lui doit la gravure qui sert de toile de fond, et un court récit gravé, « Hubert de Stercoraire, le bousier ».

 

Donatien Mary NumoRN66

Donatien Mary Hubert1

Illustration pour le numéro 6 de Numo, RN66, où paraît « Hubert de Stercoraire, le bousier », 2009

 

Donatien Mary commence alors à élargir son cercle. Il contribue à la nouvelle formule de la revue Lapin éditée par L'Association, dans laquelle il publie en 2009-2010 un feuilleton sur quatre numéros (37 à 41), « Le premier bal d'Emma », un travail à quatre mains dessiné et écrit avec Sophie Dutertre.

 

Donatien Mary Lapin40a       Donatien Mary Lapin49b

« Le premier bal d'Emma », avec Sophie Dutertre, Lapin n°39, L'Association, 2009-2010

 

En janvier 2009, il illustre Petits sauvages, un livre de David Almond publié par Actes Sud Papiers dans sa collection de théâtre Heyoka Jeunesse.

 

Donatien Mary Sauvages2    Donatien Mary Sauvages4

Illustrations pour Petis sauvages de David Almond, Actes Sud, Heyoka Jeunesse, 2009

 

Mais c'est cet automne 2010 que Donatien Mary semble prendre son essor. Il illustre pour Les Petits Platons Le Fantôme de Karl Marx, dont l'histoire est due à Ronan de Calan. Des illustrations très réussies, très stylisées, une interprétation intéressante de l'œuvre de Vladimir Lebedev.

 

Donatien Mary Marx1  Donatien Mary Marx2

Donatien Mary Marx3

Donatien Mary Marx4  Donatien Mary Marx7

Donatien Mary Marx6

Illustrations pour Le Fantôme de Karl Marx, Les Petits Platons, 2010

 

Au même moment paraît le premier livre des Éditions 2024, Les Derniers Dinosaures, écrit par Didier de Calan, pour lequel Donatien Mary a réalisé une cinquantaine de gravures sur lino. Un livre savoureux – clin d'œil aux éditions scientifiques du XIXe siècle bien que résolument moderne – qui mêle humour, élégance et poésie.

 

Donatien Mary Dino1

Donatien Mary Dino8  Donatien Mary Dino9

Donatien Mary Dino2-copie-1  Donatien Mary Dino7

Illustrations pour Les Derniers Dinosaures, texte de Didier de Calan, Éditions 2024, 2010

 

Depuis quelque temps déjà, Donatien Mary travaille seul à un projet de longue haleine : Stubb, une bande-dessinée entièrement réalisée en taille-douce, dont les premières planches mettent l'eau à la bouche.

 

Donatien Mary Stubb1  Donatien Mary Stubb2

Donatien Mary Stubb4

Planches réalisées en taille-douce pour Stubb, projet en cours

 

Si Donatien Mary expérimente sans cesse, avec un certain brio et un talent indéniable, il lui reste à faire assaut de créativité pour enfin trouver sa voix propre. À suivre, donc.

 

Donatien Mary Sauvages3

 

Bibliographie :
Petits sauvages, texte de David Almond / Actes Sud Papiers, Heyoka Jeunesse, 2009
Le Fantôme de Karl Marx, texte de Ronan de Calan / Les Petits Platons, 2010
Les Derniers Dinosaures, texte de Doidier de Calan / Éditions 2024, 2010
 
+ d'infos :
Le site de Donatien Mary
Donatien Mary exposera son travail, « Enfin la vérité sur la disparition des dinosaures ! », au Pavillon Jeunes Talents du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême du 27 au 30 janvier 2011
Le site du collectif Troglodyte et du webzine Numo
 
Illustrations ©Donatien Mary et éditeurs

Par Gone Fishing - Publié dans : À surveiller
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 26 décembre 2010 7 26 /12 /Déc /2010 14:22

Silvestre

 

En France, nous l'avons découvert sous le nom de Silvestre, quand les éditions Amok ont fait paraître Relations (1995), puis Simple (2000), deux albums marginaux, dits minimalistes, dans lesquels l'auteur s'interroge sur la création et la narration en bande dessinée, en démontant les ressorts et artifices.

 

Silvestre Relations1  Silvestre Simple1

Couvertures françaises de la réédition de Relations (Amok, 1999) et de l'édition originale de Simple (Amok, 2000)

 

Les personnages découvrent avec amertume l'ironie de leur nature et de leur sort, les limites liées à leur fonction née de l'encre et du papier.

 

Silvestre Relations2  Silvestre Relations3

Silvestre Relations5  Silvestre Relations4

Silvestre Relations6  Silvestre Relations7

Planches extraites de Relations

 

Puis le double fictionnel de l'auteur poursuit son travail de sape, s'accrochant fermement en bas à droite de chaque case de l'album Simple, pour dénoncer l'hypocrisie, refuser de participer au mensonge et stopper le récit, jusqu'à devenir pure fiction.

 

Silvestre Simple2  Silvestre Simple3

Silvestre Simple4  Silvestre Simple5

Silvestre Simple6  Silvestre Simple7

Silvestre Simple8  Silvestre Simple9

Planches extraites de Simple

 

Or ce travail, qui a marqué les esprits à juste titre, fait un peu figure de parenthèse au sein de l'œuvre prolifique et majeure d'un des maîtres du dessin en noir et blanc espagnol.

 

Au moment, donc, où on découvre le travail de Silvestre, Federico Del Barrio Jiménez est déjà un dessinateur accompli. Né à Madrid en 1957, il publie ses premiers dessins en 1980 dans la revue française Pilote (Jardín), puis dans les revues espagnoles Nueva Frontera, Tótem, Bumerang, Rambla, Cimoc (Tierra S.A., en 1982, avec l'écrivain Pérez Navarro).

 

Barrio Tierra

Planche de Tierra S.A., série publiée dans la revue Cimoc en 1982

 

À partir de 1984, il participe activement à la movida, et devient un collaborateur régulier de la célèbre revue Madriz, dirigée par Felipe Hernandez Cava. Il y publie jusqu'en 1987, avec Elisa Gálvez au scénario, une série de courtes histoires qui marquent une véritable rupture avec les conventions du genre.

 

Barrio Madriz1

Planche de Del Barrio et Gálvez publiée dans la revue Madriz

 

Ses premiers travaux sont réunis dans un album de compilation, La orilla, en 1985.

 

Barrio Orilla

 

Planche de La orilla, Del Barrio et Gálvez, Sombras, 1985

 

Les  Cahiers de la Bande Dessinée lui consacrent en France leur numéro 75 en 1987. L'année suivante, il commence à travailler en tant que responsable des illustrations pour la revue espagnole Medios Revueltos et publie avec Cava le premier tome de la trilogie d'Amoros, Firmado Mister Foo. Le second album de compilation de ses premiers travaux, Léon Doderlín, paraît en 1991.

 

Barrio Doderlin

Planche de Léon Doderlín, Casset, 1991

 

Barrio Derechos

Planche de Del Barrio parue dans Los derechos del niño, collectif, Ikusager, 1991

 

Parallèlement à son travail de dessinateur, Del Barrio s'intéresse de près au théâtre. Il écrit en 1993 son premier texte, El dia que volo Renata, pour une compagnie madrilène de théâtre alternatif, El Canto de la Cabra, créée en 1992 par Elisa Gálvez, avec qui il a longtemps collaboré à la revue Madriz. Une année prolifique qui voit paraître quatre albums de Del Barrio en collaboration avec Felipe Hernandez Cava, qui lui commande le deuxième volet d'une trilogie sur le conquistador espagnol Lope de Aguirre. Le premier volet avait été dessiné par Enrique Breccia, le fils du grand Alberto Breccia, en 1989. Le dessin en couleur de Del Barrio se révèle époustouflant, digne du meilleur de Breccia en la matière.

 

Barrio Aguirre  Barrio Aguirre2

Planches extraites de Lope de Aguirre. La Conjura, 1993

 

Les trois autres albums sont les trois derniers volets de la série Las Memorias de Amorós publiés, avec Felipe Hernandez Cava au scénario, par Ikusager. D'un style très différent, qui fait la part belle à la précision du trait, aux perspectives et jeux de lumière du noir et blanc, Del Barrio excelle. Le premier volet,  Firmado Mister Foo, avait été publié en 1988.

 

Barrio MisterFoo2  Barrio MisterFoo3

Planches extraites de Signé Mister Foo, Amok, 2000

 

La mahistrale trilogie historico-policière Les Mémoires d'AmorosSigné Mister Foo, La Lumière d'un siècle mort, Les Ailes calmes – est publié chez Amok puis Frémok entre 2000 et 2004. Avec le personnage d'Angel Amoros – double du rédacteur en chef du journal anarchiste La Tierra Eduardo de Guzman, qui fut arrêté, emprisonné et condamné à la peine de mort au moment de l'arrivée au pouvoir de Franco, et qui se tourna vers la littérature policière après sa libération – les deux compères s'attaquent à la période trouble de l'Espagne qui précède la fameuse guerre de 1936, au passé colonial du pays qui a vendu les Philippines en 1898 aux Américains, à son histoire mouvementée, de la guerre d'Afrique à l'inévitable guerre civile.

Barrio Lumiere2  Barrio Lumiere4

Planches extraites de La Lumière d'un siècle mort, Amok, 2001

Barrio Ailes2  Barrio Ailes3

Planches extraites de La Lumière d'un siècle mort, Frémok, 2004

 

On songe au travail entrepris par Alberto Breccia et Juan Sasturain sur l'histoire de l'Argentine et la dictature des généraux dans Perramus.
 
En 1996, Federico Del Barrio devient codirecteur de la revue El Ojo Clínico. Deux ans plus tard, il publie quotidiennement sous le pseudonyme de Cain, toujours avec Cava, des vignettes humoristiques dans le journal La Rázon.
 
Le Piège, paru en 2008 chez Actes Sud, est un roman graphique mêlant les réflexions sur la bande dessinée comme médium artistique et sur le destin de l'Espagne durant la période franquiste, impliquant la responsabilité morale de l'artiste dans la société.
 
Son dernier travail, El hombre de arena, adaptation par Mai Prol d'un conte d'Hoffman, a été publié cette année, avec des dessins en noir et blanc en pleine page. On reconnaît là encore un dessins très proche du Breccia de Dracula.

Barrio Hombre2

Barrio Hombre3

Planches extraites de El hombre de arena, De Ponent, 2010

 

 

Pour l'exposition Cent pour cent bande dessinée, présentée en 2010 au festival d'Angoulême et reprise à la Bibliothèque Forney (jusqu'au 8 janvier 2011), Del Barrio a travaillé à partir d'une planche de… Breccia.
 
 
Bibliographie :
 
La orilla / Sombras, 1985 (compilation des histoires publiées dans Madriz avec Elisa Gálvez)
Léon Doderlín / Casset, 1991 (compilation des histoires écrites par lui-même ou avec Elisa Gálvez dans Madriz et Medios Revueltos)
Relations (sous le pseudonyme de Silvestre) / Amok, Octave, 1995
Simple (sous le pseudonyme de Silvestre) / Amok, Octave, 1999
El hombre de arena, scénario de Mai Prol, adaptation d'un conte de Hoffman / De Ponent, 2010
 
Avec Felipe Hernandez Cava au scénario :
Firmado Mister Foo, 1988 / Signé Mister Foo, Frémok, Octave, 2000
Lope de Aguirre. La Conjura, 1993 (deuxième volet d'une trilogie scénarisée par Cava, dont le premier, La Aventura, a été dessiné par Enrique Breccia en 1989, et le troisième, La Expiación, par Ricard Castells en 1998)
La luz de un siglo muerto / Ikusager, 1993 / La Lumière d'un siècle mort, Frémok, Octave, 2001
Las alas calma / Ikusager, 1993 / Les Ailes calmes, Frémok, Octave, 2004
Ars Profetica / Ikusager, 1993
El artefacto perverso / Planeta, 1996, primé au salon de Barcelone de 1997 / Le Piège, Actes Sud, L'An 2, 2008
Caín / Nausicaa, 2007 (compilation des vignettes humoristiques parues dans La Rázon)
 
Écrits pour le théâtre (El Canto de la Cabra) :
El dia que volo Renata, 1993
Viaje al Tartaro, 1995
Caín, 1998
¿Qué? Nada, 2000
 
Collectifs :
Los derechos del niño / Ikusager, 1991
Pop Español / Casset, 1991
L'Argent roi, 1994
11 M. Once miradas, 2005
Dibujando el Transcantábrico, 2009
 
 

+ d'infos :
Un bon papier sur Federico Del Barrio, à lire sur le blog d'Emmanuel Andres, Deskartes Mil (en espagnol) 
Sur la trilogie Lope de Aguirre de Felipe Hernandez Cava, dont les volets ont été dessinés par trois dessinateurs différents, lire l'étude de Jan Baetens, « Une “autre” histoire. Les leçons de la forme dans la bande dessinée historique espagnole »
Sur la trilogie Les Mémoires d'Amaros, voir le site des éditions Frémok
 
 
Illustrations ©Silvestre / Federico Del Barrio et éditeurs

 

 

Par Gone Fishing - Publié dans : Portrait du dimanche
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 24 décembre 2010 5 24 /12 /Déc /2010 08:34

Envie de printemps ? Chop Shop propose une sélection de tshirts à des prix intéressants (autour de 15 euros).

 

Chopshop22  Chopshop21  Chopshop04

Chopshop06  Chopshop23  Chopshop27

Chopshop20  Chopshop16  Chopshop15

Chopshop09  Chopshop12  Chopshop13

Chopshop05  Chopshop07  Chopshop18

 

Le site de Chop Shop

 

Images ©Chop Shop

Par Gone Fishing - Publié dans : Shopping graphique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 07:58

Qu'est-ce qu'une gravure ? Le MoMA propose un petit tutoriel interactif en anglais, simple et bien fait, des quatre principales techniques utilisées. Pour comprendre ce qui différencie gravure sur bois, gravure à l'eau-forte, lithographie et sérigraphie.

Les anglicistes peuvent utiliser directement le tutoriel en cliquant sur l'image ci-dessous. Pour les autres, nous proposons un résumé en français, à toute fin utile.

 

MoMA Print
La gravure est une œuvre d'art créée à partir d'un processus de tranfert indirect de l'encre sur le papier. L'artiste réalise sa composition sur une surface et le transfert s'opère lorsque la feuille de papier entre en contact avec cette surface, le plus souvent par le biais d'une presse. L'avantage de la gravure : de multiples impressions identiques peuvent être réalisées à partir d'une même matrice (pour les tirages en plusieurs couleurs, l'opération décrite est répétée pour chaque couleur).


Gravure sur bois / Woodcut
Cette technique, la plus ancienne, apparue en Chine au IXe siècle, arrive en Europe au début du XVe ; elle est alors utilisée pour imprimer les tissus, textiles et cartes à jouer. C'est avec Albrecht Dürer et les artistes scandinaves qu'elle acquiert le statut de technique artistique au XVIe siècle.

MoMA Print Bois1b

1. La taille du bois. Après avoir réalisé sa composition sur une pièce de bois, l'artiste utilise différents outils pour creuser la surface et en ôter le bois là où il ne veut pas que le papier reçoive l'encre.

MoMA Print Bois2b

2. L'encrage. Les portions de bois en relief sont encrées à l'aide d'un rouleau.

MoMA Print Bois3b

3. L'impression. Une feuille de papier est posée sur le bloc encré. L'artiste frotte la surface de la feuille à l'aide d'une spatule ou d'une cuillère (ou la passe sous presse) de manière à faire aparaître la totalité du dessin.
MoMA Print Bois4b

4. Le tirage. Lorsque la feuille est ôtée du bloc, la composition a été imprimée en image inversée, et les portions de bois coupées sont restées vierges de toute encre.


Gravure à l'eau-forte / Etching
Cette technique de gravure indirecte en creux ou taille-douce (proche de la mezzotinte et de l'aquatinte) fit son apparition au début du XVIe siècle, lorsqu'on découvrit que l'acide pouvait faire apparaître les détails d'une image réalisée au trait sur une plaque métallique (l'acide nitrique étendu d'eau était appelé eau-forte).

MoMA Print eauforte1b

1. La préparation du fond. Un vernis à graver, résistant à l'acide, est appliqué au pinceau sur une plaque de métal (généralement du cuivre).

MoMA Print eauforte2b

2. Le dessin. Une fois la surface sèche, l'artiste réalise sa composition à l'aide d'une pointe métallique qui entaille la préparation pour exposer le métal.

MoMA Print eauforte3b

3. Le bain d'acide. La plaque est immergée dans un bain d'acide. L'acide pénètre le métal et le "mord", tandis que la préparation à base de vernis protège la surface de ses attaques.

MoMA Print eauforte4b

4. Le nettoyage. Une fois le métal du dessin mordu à la profondeur souhaitée, l'artiste retire la plaque du bain d'acide et ôte le vernis protecteur avec un solvant.

MoMA Print eauforte5b

5. L'encrage. La plaque est encrée sur toute sa surface de sorte que l'encre pénètre dans les lignes incisées.

MoMA Print eauforte6b

6. Le polissage. La plaque est essuyée à l'aide d'un chiffon (tarlatane), papier journal et papier de soie, afin d'éliminer l'excédent de pigments hors des incisions.

MoMA Print eauforte7b

7. L'impression. La plaque de métal est placée, dessin vers le ciel, sur le lit d'une presse. Une feuille de papier humide est posée dessus, puis recouverte par des langes, avant d'être passée sous la presse. La pression force le papier à récupérer l'encre dans les lignes.

MoMA Print eauforte8b
8. Le tirage. Lorsque le papier est retiré, l'image apparaît inversée. La feuille de papier étant plus grande que la plaque, la marque des bords laisse apparaître un cadre irrégulier.

 

Lithographie / Lithography
Inventée en 1798 par l'Allemand Aloys Senefelder, la lithographie (du grec lithos, pierre, et graphein, écrire) ou impression à plat connaît son véritable essor au XIXe, avec Bonnard et Toulouse-Lautrec parmi d'autres. Si la technique plaît, c'est parce qu'elle s'exécute sur une surface plane, comme le dessin au crayon ou à l'aquarelle, et présente peu de contraintes techniques.

MoMA Print Lithographie1b 1. Le tracé. Avec un crayon lithographique ou crayon gras, l'artiste réalise son dessin sur une pierre calcaire préalablement grainée par ponçage.

MoMA Print Lithographie2b

2. Le traitement de la pierre. Une solution chimique (acide nitrique) est appliquée sur la pierre de manière à ce que la graisse du tracé attire l'encre et les parties vierges l'eau, la pierre calcaire étant poreuse.

MoMA Print Lithographie3b

3. La fixation du dessin. On essuie la pierre avec un solvant comme la térébenthine ou la gomme arabique, pour faire en sorte que seul le gras du tracé original reste fixé sur la pierre, et pour accentuer le caractère hydrophile des parties vierges.

MoMA Print Lithographie4b

4. L'humidification de la pierre. On passe la pierre à l'éponge humide : l'eau est absorbée par les parties vierges, le dessin est prêt pour l'encrage.

MoMA Print Lithographie5b 5. L'encrage. On applique sur la surface de la pierre, à l'aide d'un rouleau en caoutchouc, une encre grasse à base d'huile : l'huile et l'eau ne se mélangeant pas, l'encre est repoussée par les parties humides et se dépose seulement sur le gras du tracé.

MoMA Print Lithographie6b

6. L'impression. La pierre correctement encrée est placée sur une presse lithographique. Une feuille de papier légèrement humidifiée est disposée sur la pierre, recouverte de langes, puis passée sous presse.

MoMA Print Lithographie7b

7. Le tirage. Lorsque le papier est retiré, l'image apparaît inversée.

 

Sérigraphie / Screenprint
Le terme est né à la fin des années 1930 pour distinguer les artistes travaillant au pochoir des publicitaires qui utilisent la même technique à des fins commerciales. La sérigraphie connaît son essor dans les années 1960, avec le pop art.

MoMA Print Serigraphie1b

1. La découpe au pochoir. L'artiste découpe son image dans une feuille de papier ou un film plastique à l'aide d'un cutter, de sorte que les parties ainsi ôtées puissent seules recevoir l'encre.

MoMA Print Serigraphie2b

2. La fixation du pochoir. Le pochoir est fixé sur un tissu à mailles très fines (ordinairement, de la soie ou du nylon) fermement tendu sur un cadre en bois. On place le papier sous ce cadre et on dispose l'encre sérigraphique le long du bord haut du cadre.

MoMA Print Serigraphie3b

3. L'impression. À l'aide d'une raclette en caoutchouc, l'encre est pressée et lissée le long du pochoir de manière à se déposer à travers les espaces vides sur le papier placé dessous.

MoMA Print Serigraphie4b

4. Le tirage. Le cadre est ôté. L'image apparaît (non inversée) sur le papier.

Pour illustrer chaque technique, le MoMA propose une sélection d'œuvres. On peut également consulter le glossaire des termes techniques et la bibliographie sélective (le tout en anglais) : What is a Print ?

 

Images extraites de What is a Print ©MoMA 2001

Par Gone Fishing - Publié dans : Bonus
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 20 décembre 2010 1 20 /12 /Déc /2010 09:53

Khelif0.jpeg
Pour leur troisième opus, le duo accordé Kamel Khélif et Nabile Farès s'attaquent à l'Algérie noire des années 90, et à un pays au lourd passé, à travers l'histoire tragiquement banale – un fait-divers relaté une première fois dans la revue Le Cheval sans tête – d'une jeune femme, Yemna, qui assiste avec sa fille à l'assassinat d'un couple dans l'école arabo-française d'un village de montagnes du Titteri, la zaouïa de Madala, au sud d'Alger.


Khelif4.jpeg
Derrière le chaos et la rupture, l'effacement, le glissement, la mémoire sont au travail – entre deux moments de silence, quand se tournent les pages d'un livre, quelque part, ailleurs. Une fumée qui se fraye un passage dans le noir…

Khelif1.jpeg
Kamel Khélif dessine depuis toujours la ville et son quotidien : les terrains vagues, la cité, les usines, les docks – des lieux de transit à visages multiples, flottants, mouvants, déroutés, transposés, qui sont, comme les êtres qui les traversent, une mémoire vivante, polyphonique, à la fois solitaire et anonyme.
 
Khelif2.jpeg
Une parabole, une allégorie qui aborde les thèmes de l'exil, du déracinement, de l'identité, mais aussi de la mémoire métamorphe et de l'exploration de soi par les chemins de traverses. Par le biais de son travail figuratif, Kamel Khélif cherche sur le papier un espace et un temps à habiter, dans un va-et-vient incessant, entre ici et là-bas, avant et maintenant, présence et absence.

Khelif3.jpeg
Fusains, mine de plomb, encre de Chine, peinture à l'huile, rotring… Son dessin est noir, grisaillant, flouté, estompé à l'image des souvenirs. C'est un travail approfondi du noir et blanc, tout en strates, où l'esthétique se mêle à la matière, où les taches se font empreintes, traces indélébiles, où les traits sont autant de déchirures, de cicatrices.

Khelif5.jpeg

Un dessin à la Breccia (dont l'éditeur du présent opus, Rackham, a publié notamment Les Mythes de Cthulhu d'après Lovecraft), un travail assez proche de celui d'Olivier Bramanti (publié, comme Farès et Khélif, par Amok). Pour transmettre l'inexprimable, l'indicible, l'invisible ; l'appréhension, l'angoisse, la terreur.

Khelif6.jpeg

Figurer le vide et le trop plein, un interstice laissé en blanc, comme en marge et avec force, un silence à habiter sur l'essence des choses et des êtres. Au-delà de la brume, porté par le vent…


Nabile Farès, né en 1940 à Collo, en Algérie, vit à Paris depuis 1964, date à laquelle Kamel Khélif, né à Alger en 1959, débarque au nord de Marseille, cité Bassens, à l'âge de 5 ans. Le premier, fils du président de l'exécutif provisoire algérien Abderrahmane Farès, est philosophe, psychanaliste et écrivain ; le second, qui fut travailleur social, se consacre  entièrement à son art.

La jeune femme et la mort, texte de Nabile Farès / Rackham, Le Signe noir, 2010, 56 pages, 22 €


De Kamel Khélif et Nabile Farès :
Les Exilées / Amok, 2001
La petite arabe qui aimait la chaise de Van Gogh / Fremok, 2002
 
De Kamel Khélif :
Homicide, scénario d'Amine Medjhoub / Z’éditions, 1995
Le Prophète, d’après Khalil Gibran / Z’éditions, 1999
Cité Bassens, Traverse de Mazout / Fremok, 2002
Ce pays qui est le vôtre / FRMK, 2003
Sur le chemin de la Madrague ville, texte et propos recueillis de Nora Mekmouche / Cris Écrits, 2007
I Live Here, ouvrage collectif sous la direction de Mia Kirshner, Pantheon Books, 2008
 
De Nabile Farès :
• L’Exil au féminin / L’Harmattan, 1992
• L’État perdu, précédé du Discours pratique de l’immigré / Actes Sud, 1982
• Le miroir de Cordoue / L’Harmattan, 1992
• L’ogresse dans la littérature berbère / Karthala, 1995
• Le Voyage des exils / La Salamandre, 1996
 
+ d'infos :
La page consacrée à  La jeune femme et la mort et à ses auteurs, sur le site des éditions Rackham
L'article de Cyril Anton, « Kamel Khélif : une histoire de Frontières et de Marges », et l'entretien de Kamel Khélif, sur le site de la galerie Alain Paire, où Kamel Khélif a exposé ses dessins en avril 2009
 
Illustrations ©Kamel Khélif et Nabile Farès / Rackham-Le Signe Noir, 2010

Par Gone Fishing - Publié dans : Édition
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés